Entreprise, économie & droit

  • Le secteur de la construction a souvent défrayé la chronique, mais derrière les éclats des réalisations grandioses, des " affaires " judiciaires, des faits divers tragiques, le quotidien du travail des chantiers demeure obscur. C'est ce quotidien qu'explore ce livre. L'auteur, qui s'est immergé durant une année dans le monde du béton armé parisien, en tant qu'ouvrier, retrace ici l'itinéraire de son enquête. Au fil des expériences et des rencontres, il expose les conditions d'emploi et de travail liées au recours croissant à la sous-traitance et à l'intérim : division des collectifs ouvriers, infériorisation et culpabilisation des sous-traitants et des in-térimaires, pratiques illégales d'employeurs, contradictions pesant sur la sécurité au travail, recours massif à une main-d'oeuvre étrangère fragilisée et parfois sans papiers, racisme et discriminations...
    L'enquête ébranle au passage certaines idées reçues : beaucoup de précaires ne sont pas instables ; les sans-papiers ne travaillent pas forcément au noir ; les règles de sécurité ne protègent pas toujours les ouvriers... Elle témoigne également des résistances des travail-leurs concernés. S'ils s'affrontent rarement à leurs employeurs, ils entretiennent en revanche une révolte souterraine qui peut menacer à l'occasion les constructions et contraindre les employeurs à mettre en oeuvre des aménagements. L'implication physique de l'auteur dans son enquête permet une restitution fine des situations rencontrées et offre une immersion impressionnante dans cet univers méconnu du bâtiment.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, la deuxième édition de 2009.)

  • Le néolibéralisme engage une mutation d'ensemble des rapports politiques et sociaux, et une véritable révolution anthropologique, qui voit l'émergence d'un sujet néolibéral calqué sur le modèle de l'entreprise, soumis à la logique de la concurrence. Un défi politique et intellectuel inédit.
    Il est devenu banal de dénoncer l'absurdité d'un marché omniscient, omnipotent et autorégulateur. Cet ouvrage montre cependant que ce chaos procède d'une rationalité dont l'action est souterraine, diffuse et globale. Cette rationalité, qui est la raison du capitalisme contemporain, est le néolibéralisme lui-même. Explorant sa genèse doctrinale et les circonstances politiques et économiques de son déploiement, les auteurs lèvent de nombreux malentendus : le néolibéralisme n'est ni un retour au libéralisme classique ni la restauration d'un capitalisme " pur ". Commettre ce contresens, c'est ne pas comprendre ce qu'il y a précisément de nouveau dans le néolibéralisme : loin de voir dans le marché une donnée naturelle qui limiterait l'action de l'État, il se fixe pour objectif de construire le marché et de faire de l'entreprise le modèle du gouvernement des sujets. Par des voies multiples, le néolibéralisme s'est imposé comme la nouvelle raison du monde, qui fait de la concurrence la norme universelle des conduites et ne laisse in-tacte aucune sphère de l'existence humaine. Cette logique érode jusqu'à la conception classique de la démocratie. Elle introduit des formes inédites d'assujettissement qui constituent, pour ceux qui la contestent, un défi politique et intellectuel inédit. Seule l'intelligence de cette rationalité permettra de lui opposer une véritable résistance et d'ouvrir un autre avenir.

  • On dit parfois qu'il est plus facile d'imaginer la fin du monde que celle du capitalisme. C'est à un véritable exercice d'imagination sur l'avenir très problématique du capitalisme que nous convient cinq des chercheurs les plus éminents de la sociologie historique, réunis autour d'I. Wallerstein, fécond héritier de Braudel et père de la théorie des " systèmes-mondes ". En échappant aux facilités du prophétisme, ils explorent ici une série de dimensions cruciales et de tendances " lourdes ". On a souvent dit qu'il était plus facile de penser la fin du monde que celle du capitalisme. Pourtant, ce système présente aujourd'hui des signes de rupture qui permettent d'en anticiper le déclin imminent, et ce en recourant non pas au prophétisme, mais beaucoup plus simplement aux sciences sociales. C'est ce que démontrent ici cinq des plus éminents chercheurs internationaux. Dans une langue qu'ils ont voulue accessible à tous, s'appuyant sur des idées fortes de Marx, Braudel ou Weber, ils explorent une série de tendances " lourdes " des sociétés contemporaines, telles que l'approfondissement des crises économiques et écologiques, le déclin probable des classes moyennes, les contradictions et désarticulations du système politique international ou encore les problèmes d'externalisation des coûts sociaux et environnementaux liés au fonctionnement du capitalisme mondial. Ils tirent également les enseignements historiques et sociologiques de la chute du bloc soviétique et des mutations actuelles de la Chine. Pour cette pléiade d'universitaires prestigieux, les limites internes et externes de l'expansion du " système monde " capitaliste sont sur le point d'être atteintes. Face à son déclin accéléré et multidimensionnel, il est urgent de penser sérieusement à ce qui peut et devrait lui succéder. L'ouvrage rappelle ainsi que les sciences sociales, lorsqu'elles explorent rigoureusement la réalité, peuvent également aider à imaginer un autre avenir.

  • Dans ce bref essai, très accessible, Immanuel Wallerstein propose une approche synthétique des idées-forces qui traversent son oeuvre, consacrée à l'étude du capitalisme comme entité globale et historique, constituant le système-monde moderne. En retraçant les étapes du capitalisme au cours des cinq derniers siècles, il met en évidence ses composantes qui ont constamment évolué comme celles qui sont restées invariantes. Et en mettant l'accent sur l'émergence et le développement d'un marché mondial unifié, avec la division internationale du travail qui l'a accompagné, il montre comment le capitalisme a provoqué l'appauvrissement des pays du tiers monde. Et pourquoi les problèmes économiques et sociaux de ces pays perdureront tant qu'ils resteront intégrés au capitalisme mondial.Un ouvrage indispensable pour comprendre la pensée de l'un des plus importants théoriciens du capitalisme comme mode de production universel et des forces antisystémiques qui le défient.

  • Une enquête qui nous fait pénétrer au coeur d'une " salle des marchés " : une démystification autant qu'une réflexion stimulante sur la rationalité financière. En quelques années, les marchés financiers sont devenus omniprésents dans la vie économique et politique et même dans notre vie quotidienne. Ils ressemblent à de nouveaux Dieux qui commentent et modifient le cours de la vie des hommes, en délivrant leur verdict quotidien : ils saluent telle mesure, applaudissent à tel événement, boudent tel résultat d'élection, sanctionnent telle politique économique. Les hommes politiques, relayés par les économistes, participent à cette " déification " des activités boursières : tantôt ils encensent les marchés et exaltent leur rationalité, tantôt ils déplorent leurs ravages et fustigent leur irrationalité. Dieu bienveillant ou Moloch dévastateur, la Bourse s'appréhende désormais sur un mode religieux. Pourtant, derrière cette glose théologique, se cachent des institutions bien humaines peuplées de traders et de vendeurs simplement affairés à leur commerce quotidien : arbitrage et spéculation. C'est ce monde qu'Olivier Godechot veut faire découvrir à travers une enquête qui nous fait pénétrer au coeur d'une " salle des marchés " : ici, ni adorateurs irrationnels, ni homo economicus rationnels, mais des agents économiques au travail avec leur parcours, leur fonction, leur sociabilité, leurs hiérarchies et leurs conflits. Analysant cet univers économique étrange et méconnu, où la quête du profit atteint une intensité inhabituelle, l'auteur fait oeuvre de démystification et entreprend, au terme de son enquête, une réflexion stimulante sur la rationalité financière.

  • Du télégraphe au satellite, des grandes agences de presse aux bases de données, l'internationalisation et la multiplication des réseaux et des flux de communication n'ont cessé, au cours des deux derniers siècles, de déplacer les bornes de la planète : un bouleversement sans précédent dans l'histoire de l'humanité. C'est la genèse de cette communication-monde, indissociable de l'économie et de la société-monde qu'Armand Mattelart retrace dans ce livre, resté un ouvrage de référence depuis sa publication en 1992. Il montre ainsi tout ce que les institutions et les pratiques de la communication moderne doivent à la guerre, à ses méthodes de propagande et d'" action psychologique ". Et il s'interroge sur le rôle croissant de la " géofinance " et de la " guerre économique " dans les nouveaux réseaux d'information transfrontières : la communication-monde annonce-t-elle l'avènement d'une " culture mondiale " uniformisatrice, ou est-elle le prélude à une fragmentation culturelle de la planète ? L'autre originalité de ce livre est d'être à la fois une histoire des mots et des choses. Car en même temps que l'histoire des réseaux et des stratégies de leurs acteurs, il propose une histoire des idées, des théories et des doctrines successivement élaborées pour en rendre compte.

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