Littérature générale

  • L'histoire de la publication des
    Mémoires de Louise Michel est étonnante : elle débute en 1886, chez l'éditeur Roy, sous le titre - maintes fois réédité - de
    Mémoires de Louise Michel écrits par elle-même. Tome I. Aucun autre tome n'a suivi. Et si, par la suite, sont venus s'accoler d'autres écrits de la célèbre anarchiste, les soixante-dix feuilletons qui constituent le véritable second tome, parus dans la presse de 1890, avaient " disparu ", peut-être victimes collatérales d'une entreprise de récupération de l'autobiographie de Louise Michel juste après sa mort. Aussi l'édition de ce second tome, inédit en librairie, constitue-t-elle un événement.
    Couvrant les années 1886-1890 (période qui s'ouvre après la mort de Marianne Michel, la mère, et de Victor Hugo, l'idole, pour se refermer en août 1890, à son départ pour Londres), ce gisement incroyablement riche révèle une écrivaine viscéralement engagée dans l'écriture, vivant ensemble le rapport à l'histoire, à la mémoire, au présent de sa lutte et à l'écriture.
    L'édition critique de ces
    Mémoires, accompagnée d'un dossier documentaire, est établie par Claude Rétat, directrice de recherche au CNRS.

  • Est-il possible de percer les mystères de la création littéraire ? La sociologie peut-elle entrer dans la chair même des oeuvres ? Est-elle en mesure de se confronter à des oeuvres particulièrement difficiles, et même étranges, qui découragent plus d'un lecteur et soumettent habituellement à rude épreuve le travail des interprètes ?
    Est-il possible de percer les mystères de la création littéraire ? La sociologie peut-elle entrer dans la chair même des oeuvres ? Bernard Lahire s'est confronté à l'un des plus grands représentants de la littérature d'avant-garde, Franz Kafka : pourquoi écrit-il ce qu'il écrit comme il l'écrit ? Pour répondre, Bernard Lahire examine la fabrication sociale de l'auteur du Procès, depuis les primes expériences familiales jusqu'aux épreuves les plus tardives. Ce faisant, non seulement il saisit les raisons qui le conduisent à être attiré par la littérature, mais il se donne les moyens de comprendre les propriétés formelles et thématiques d'une oeuvre travaillée par les éléments constitutifs de sa problématique existentielle. Dans ce livre magistral qui, au-delà du cas de Kafka, pose les fondements d'une théorie de la création littéraire, les oeuvres apparaissent comme autre chose que des solutions esthétiques à des problèmes formels ou que des manières de jouer des coups dans un " champ littéraire ". Elles sont aussi des points de vue sur le monde, des manières formellement spécifiques de parler du monde mises en oeuvre par des créateurs aux expériences sociales singulières.

  • En juillet 1987 à Corbeil-Essonnes, cité Montconseil, quatre adolescents passent un pacte d'honneur et décident de monter leur bande : elle s'appellera les " Fight boys ". Leur chef : Lamence Madzou. Pendant cinq ans, cette bande va compter près de cent membres, pour déboucher sur la constitution d'un " gang ". Ce gang, assimilé aux Zoulous par les médias, défraye alors la chronique médiatique jusqu'à la mythique " Guerre des trois ans " qui, de 1988 à 1991, voit s'affronter les bandes du nord et celles du sud pour le contrôle du centre de Paris.
    Dans ce témoignage exceptionnel, Lamence Madzou raconte son parcours : depuis sa découverte de Paris, de la culture des rues, du mouvement hip-hop, de la violence et ses codes, jusqu'à sa reconversion dans le bizness - drogue, racket, trafic de voitures - puis la prison. Il revient sur son expulsion au Congo en 1997, et sa confrontation aux atrocités de la guerre civile.
    Ce livre propose un regard inédit, de l'intérieur, de l'expérience des bandes, complété et mis en perspective par Marie-Hélène Bacqué. Alors que la question des bandes demeure toujours d'actualité, cet ouvrage ni complaisant ni diabolisant éclaire un phénomène social qui continue d'alimenter tous les fantasmes.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, la deuxième édition de 2009.)

  • De 1850 à 1914, les médecins constituent l'écriture des déviants en un objet de vérité.
    En lisant les écritures ordinaires, ils découvrent des objets inquiétants : des écrits qui échappent à leurs grilles de lecture, des signes graphiques qui semblent témoigner du caractère anormal de leur scripteur et enfin des gestes graphiques qui révèlent des pathologies jusqu'alors inconnues. On entreprend de décrypter les écrits des déviants pour identifier leurs caractéristiques. On tente de repérer, dans la graphie, des signes indiquant le degré de normalité du scripteur.
    On observe le geste graphique afin d'isoler des pathologies propres au mécanisme de l'écriture. Les médecins font entrer l'écriture au laboratoire. On y photographie le produit graphique et on éprouve sa conformité par des substances chimiques. Enfin, devant l'engouement pour la graphologie, la médecine s'efforce de clarifier les grilles de lecture graphologique.
    Ce savoir induit plusieurs modifications dans la société du tournant du siècle : l'expertise est repensée, l'enseignement de l'écriture est renouvelé et sa pratique professionnelle modifiée. à partir d'événements comme le récit de la visite d'un patient à l'hôpital ou la description de l'invention d'une machine, cet essai, le premier livre de son auteur, initialement publié en 1998 aux Empêcheurs de penser en rond cherche, à montrer comment et pourquoi la médecine s'est saisie de l'écriture pour opérer un nouveau partage entre le bien et le mal, le vrai et le faux, le naturel et l'artificiel, le normal et le pathologique.

  • Si les écrivains parlent et écrivent beaucoup sur eux-mêmes, sur leur identité et sur leur conception de l'écriture, force est de constater qu'on les connaît en réalité très mal. Faute d'enquête solide et rigoureuse, on se contente souvent d'une vision commode et désincarnée de l'écrivain, tout entier consacré à la littérature, sa raison de vivre. C'est cette enquête qu'a conduite Bernard Lahire. Il en expose les résultats passionnants dans ce livre. Il y montre que les écrivains forment une population tout à fait singulière : à la différence des ouvriers, des ingénieurs, des médecins ou des patrons, qui passent tout leur temps de travail dans un univers professionnel unique et tirent l'essentiel de leur revenu de ce travail, la grande majorité des écrivains vivent une situation de double vie. Amenés à cumuler activité littéraire et second métier, ils alternent en permanence temps de l'écriture et temps des activités professionnelles rémunératrices. Il apparaît aussi que, parmi les écrivains, les plus grands professionnels d'un point de vue littéraire, c'est-à-dire ceux qui mettent le plus d'art dans ce qu'ils font, ont très peu de chance d'être les plus professionnels d'un point de vue économique, c'est-à-dire de vivre des seuls revenus de leurs publications. Une telle situation de double vie n'est ni nouvelle, ni occasionnelle. Elle est pluriséculaire et structurelle. Et c'est à en comprendre les raisons et à en préciser les formes et les effets sur les écrivains et leurs oeuvres que cet ouvrage est consacré. Il permet de construire une anthropologie des conditions pratiques d'exercice de la littérature. En " matérialisant " les écrivains, c'est-à-dire en mettant au jour leurs conditions d'existence sociales et économique, en particulier leur rapport au temps, il apparaît que ni les représentations que se font les écrivains de leur activité ni leurs oeuvres ne sont détachables de ces différents aspects de la condition littéraire. Fruit d'une longue enquête en profondeur, remarquablement documenté, ce livre exceptionnel à plus d'un titre, permet de pénétrer les aspects les plus concrets du travail de dizaines d'écrivains contemporains aussi divers que Patrick Drevet et Brigitte Giraud, Alain Gagnol et Marcelin Pleynet, Enzo Cormann et Nicole Avril, Charles Juliet, Marc Lambron, Yves Bichet, Annie Zadek et bien d'autres.

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