Sciences & Techniques

  • Avec la crise écologique, l'air que nous respirons, l'eau que nous buvons, les forêts qui nous entourent ne sont plus des choses qui vont de soi et que l'on peut traiter avec indifférence. Nous découvrons qu'elles ne sont plus des ressources inépuisables ni des ressources tout court au sens de simples moyens au service de nos propres fins.
    Nous n'en avons donc pas fini avec la morale. Mais fabriquer une morale qui inclue les relations que les humains entretiennent avec les animaux, les montagnes, les océans, le climat, etc. implique de nouvelles propositions. Celles-ci ne peuvent pas être la simple déclinaison de principes universels fondés
    a priori, mais elles doivent s'appuyer sur les multiples expérimentations en cours, engagées aussi bien par des scientifiques que des éleveurs, des économistes, des patients ou encore des activistes se mêlant souvent de ce qui n'est pas censé les regarder.
    En s'attachant à décrire au plus près ce à quoi nous tenons et non à prescrire ce qu'il faudrait faire, sans jamais séparer ce souci moral de ses conséquences politiques, Émilie Hache explore de nouvelles façons de prendre en compte ces différents êtres. Elle propose ainsi une approche pragmatiste des questions écologiques : il s'agit en effet d'apprendre à élaborer des compromis afin de se donner une chance de construire un monde commun, exigeant de ne pas s'arrêter à la question : " Qui est responsable ? ", mais d'en accepter une autre, bien plus difficile : " Comment répondre ? "

  • Avez-vous la bosse des maths, de la poésie ou de la peinture ? Cet inconnu présente-t-il la bosse du crime ou celle de la ruse ? Au XIXe siècle, certains savants peuvent répondre à ces questions. Et pour le prouver, ils tâtent des têtes de génies (Napoléon...), de criminels (Lacenaire...) et de fous. Leur théorie est vérifiée par l'examen de milliers de moulages et de centaines de crânes récoltés à Paris, à Londres, à Berlin, en Inde et en Océanie. Sûrs de leur bon savoir, les phrénologistes oeuvrent pour un monde meilleur, peuplé de génies, de criminels amendés et de fous guéris.
    Défendue par de nombreux médecins, politiciens et artistes, la phrénologie oscille entre science légitime et technique divinatoire, avant de tomber dans un discrédit total. Reléguée au statut de science occulte puis longtemps oubliée, elle semble actuellement renaître de ses cendres. Des neurobiologistes contemporains lui rendent justice d'avoir établi le principe des localisations cérébrales, et d'éminents scientifiques estiment qu'elle a été la première science de l'homme rationnelle. Qu'en est-il exactement ?
    La première édition de ce livre a reçu le prix du meilleur ouvrage de la Société française d'histoire de la médecine (2000). Cette nouvelle édition a été enrichie d'illustrations, augmentée et mise à jour par l'auteur avec une postface inédite.

  • Le compromis qui a longtemps assuré aux chercheurs le minimum d'indépendance vitale est mort. L'économie de la connaissance est dépendante des intérêts privés. Un plaidoyer pour la slow science auquel répond, en miroir, et à un siècle de distance, un brillant pamphlet du philosophe William James. Comme le
    fast food, la
    fast science, c'est vite fait, pas bon et pas très digeste ! Une économie spéculative - avec ses bulles et ses krachs - s'est emparée de la recherche scientifique : les chercheurs doivent intéresser des " partenaires " industriels, participer aux jeux guerriers de l'économie compétitive. Conformisme, compétitivité, opportunisme et flexibilité : c'est la formule de l'excellence. Mais comment poser publiquement la question d'un désastre lorsque l'on ne veut pas que le public perde confiance en " sa " science ? Les mots d'ordre comme " Sauvons la recherche " font consensus, alors qu'ils ne posent surtout pas la bonne question : " Mais de quoi faut-il la sauver ? "
    Ce livre montre que les chercheurs doivent cesser de se prendre pour le " cerveau pensant, rationnel, de l'humanité ", refuser que leur expertise serve à faire taire l'inquiétude de l'opinion, à propager la croyance en un progrès scientifique inéluctable capable de résoudre les grands problèmes de société. Et qu'ils auraient avantage à nouer des liens avec un public potentiellement intelligent et curieux, c'est-à-dire aussi à produire des savoirs dignes de cette ambition.

  • La découverte par Louis Pasteur des microbes dans les années 1870 fait partie des pages célèbres de l'histoire des sciences, et même de l'histoire de France. Loin des clichés et des mythes qu'elle a suscitées, Bruno Latour en propose dans ce livre une lecture originale. En étudiant le travail de Pasteur et des pastoriens entre 1870 et 1914, il montre comment la bactériologie et la société française se sont transformées ensemble. C'est ainsi l'invention proprement politique d'une science, d'un savant et d'une époque qui se trouve mise en évidence. Pasteur apparaît, dans les détails de son travail sur les microbes, comme un remarquable sociologue et comme un fin politique, puisqu'il parvient àajouter les microbes au corps social.

    Entre l'épistémologie, l'histoire et la sociologie des sciences, ce livre, initialement paru en 1984 (Éd. Anne-Marie Métailié), redonne aux grands hommes les forces minuscules qui les font grands et savants. Cet exemple, devenu classique en histoire sociale des sciences, invite à revenir sur la division entre rapports de force et rapports de raison, entre politique et savoir. C'est l'objet de la seconde partie du livre, qui se présente comme un petit précis de philosophie dans lequel l'auteur se propose de pratiquer, au lieu des réductions qu'impose la division entre science, nature et société, des irréductions. Celles-ci doivent permettre de rendre les sciences et les techniques moins opaques et peut-être moins périlleuses.
    En étudiant le travail de Pasteur et des pastoriens entre 1870 et 1914, Bruno Latour montre comment la bactériologie et la société française se sont transformées ensemble. C'est ainsi l'invention proprement politique d'une science, d'un savant et d'une époque qui se trouve mise en évidence. La seconde partie du livre se présente comme un petit précis de philosophie dans lequel l'auteur se propose de pratiquer, au lieu des réductions qu'impose la division entre science, nature et société, des irréductions.

  • Un classique des sciences sociales contemporaines, qui retrace à la fois l'histoire de l'État, des statistiques, des bureaux de l'administration et de la modélisation de l'économie, domaines dont le rapprochement ne s'est fait que très progressivement. Cet ouvrage magistral, devenu un classique depuis sa première publication en 1993, rassemble plusieurs domaines jamais connectés jusqu'ici de l'histoire des sciences et de la politique : il retrace à la fois l'histoire de l'État, des statistiques, des bureaux de l'administration et de la modélisation de l'économie, domaines dont le rapprochement ne s'est fait que très progressivement. Ainsi, la statistique, qui était au XVIIIe siècle la "science de l'État", ignorait alors les probabilités : elles n'y ont été associées qu'au XIXe siècle. Au fur et à mesure que la "politique des grands nombres" s'enrichit, elle brasse les jeux de hasard, les risques de la vaccination, les assurances sur la vie, la fixation des tarifs douaniers, la fiabilité des jurys, puis, plus récemment, les effets catastrophiques des cycles économiques et les sondages d'opinion, dont l'auteur propose une analyse fort stimulante. En reconstituant les hésitations, les contingences et les controverses qui définissent la "raison statistique", ce livre ne s'adresse pas seulement aux historiens des sciences, aux économistes ou aux spécialistes de science politique, mais veut ouvrir un débat avec le grand public ausculté par ces appareils statistiques.

  • Écoutez Diderot justifier la vivisection des condamnés à mort, devenus inhumains par leur déchéance civique. Écoutez Pasteur demander à l'Empereur du Brésil des corps de détenus pour expérimenter de dangereux remèdes. Écoutez Koch préconiser l'internement des indigènes auxquels il administrait des injections d'Arsenic. " On expérimente les remèdes sur des personnes de peu d'importance " disait Furetière en 1690 dans son Dictionnaire universel.
    Ce sont les paralytiques, les orphelins, les bagnards, les prostituées, les esclaves, les colonisés, les fous, les détenus, les internés, les condamnés à mort, les " corps vils " qui ont historiquement servi de matériau expérimental à la science médicale moderne. Ce livre raconte cette histoire occultée par les historiens des sciences. À partir de la question centrale de l'allocation sociale des risques (qui supporte en premier lieu les périls de l'innovation ? qui en récolte les bénéfices ?), il interroge le lien étroit qui s'est établi, dans une logique de sacrifice des plus vulnérables, entre la pratique scientifique moderne, le racisme, le mépris de classe, et la dévalorisation de vies qui ne vaudraient pas la peine d'être vécues. Comment, en même temps que se formait la rationalité scientifique, a pu se développer ce qu'il faut bien appeler des " rationalités abominables ", chargées de justifier l'injustifiable ?
    Critique et informé, l'ouvrage fait apparaître les crises, les dissensions internes autour de définitions et pratiques antagoniques de la rationalité scientifique et de la recherche expérimentale. Grégoire Chamayou montre en particulier que les dispositifs permettant d'acquérir des corps changent, depuis l'introduction de l'inoculation, en 1721, jusqu'au début du XXe siècle, où le cobaye moderne se rapproche du salarié... libre de consentir à la tâche qu'on lui propose. Il éclaire les limites d'une problématisation strictement éthique de l'expérimentation scientifique. À travers notamment l'étude historique des apories du consentement - catégorie centrale de la bioéthique moderne, qui postule les sujets libres et égaux alors qu'ils connaissent, dans leur situation réelle, la contrainte et l'inégalité -, l'auteur montre qu'une éthique de la recherche ne suffit pas. Cette étude historique des technologies d'avilissement appelle ainsi à la constitution d'une philosophie politique de la pratique scientifique.

  • Les histoires classiques de la chimie se partagent en deux périodes bien tranchées : un âge préscientifique, celui des alchimistes aux pratiques occultes et des artisans obscurs, puis un âge scientifique " sérieux ", qui voit la multiplication des lois et des découvertes, à la source d'immenses progrès techniques. Ce genre d'épopée positiviste, hérité d'un temps où la chimie était la science de pointe, paraît bien vieilli aujourd'hui. Peut-on encore écrire l'histoire de la chimie sans tomber dans les clichés traditionnels ? Cet ouvrage tente l'aventure : il présente la chimie comme une science en quête d'identité, hantée par la question de sa nature, de son rang dans l'encyclopédie. La chimie est une histoire, toujours en marche, jalonnée de spectaculaires conquêtes et de dures batailles pour la dignité et la reconnaissance. Une fresque pleine de surprises et de rebondissements, que les deux auteurs, s'appuyant sur des années de recherche, ont réussi à rendre passionnante, sans rien abandonner de la rigueur historique et scientifique.

  • De la philosophie de l'esprit à l'intelligence artificielle, en passant par les neurosciences ou la nouvelle linguistique, les sciences cognitives forment aujourd'hui une nébuleuse de disciplines qui participent d'un renouvellement radical de nos façons de penser la connaissance et le savoir humain. Mais contrairement à ce qui est souvent dit, ce bouillonnement intellectuel n'est que secondairement lié à l'essor spectaculaire et récent de l'informatique. Il trouve son origine dans la cybernétique, née aux États-Unis dans les années quarante, au sein d'une petite communauté de scientifiques, neurobiologistes, mais aussi philosophes, psychanalystes et économistes. Ce livre retrace cette histoire, jusque-là refoulée, qui conduit aux sciences contemporaines de l'esprit. On y découvrira en particulier la richesse des confrontations interdisciplinaires conduites au sein des fameuses " Conférences Macy ", où discutèrent notamment Von Neumann, Wiener, McCulloch, Simon ou Rosenblueth.

  • Allumons la radio ou la télévision, ouvrons la presse : qu'il s'agisse d'une catastrophe naturelle ou d'une grave épidémie animale, un expert est toujours convoqué, en personne ou par écrit, pour éclairer l'opinion du public. D'un côté il y a ceux qui savent et sont autorisés à la libre discussion des énoncés scientifiques ; de l'autre, il y a ceux qui ne savent pas et à qui on demande seulement de croire à ce que l'on dit être vrai. C'est ce clivage que ce livre met brillamment en cause.
    Le " public " est tantôt admiratif et béat devant les prouesses scientifiques, tantôt il est ce contre-pouvoir qui défie l'autorité des experts. L'opinion est perçue soit comme une masse amorphe, manipulable, soit comme une puissance souveraine. Tout aussi contradictoires sont les images de la science : tour à tour sérieuse ou aventureuse, menaçante ou rassurante, la science nous est présentée à la fois comme une autorité souveraine et comme une puissance de critique ou de rébellion contre l'autorité. Ces ambivalences ont des racines historiques qui remontent à l'origine grecque de la science occidentale.
    Ce livre, initialement publié en 2000 (éd. Synthélabo) et réédité en 2003 (Le Seuil), retrace les moments forts de la confrontation entre science et public. Chaque figure de la science se dessine en regard d'une figure correspondante de l'opinion : de la science "populaire" d'un Auguste Comte au XIXe siècle à la science "citoyenne" des conférences de consensus actuelles, on est tenté de dire que " la science a l'opinion qu'elle mérite "...

  • Nombre de progrès les plus spectaculaires enregistrés aujourd´hui dans les sciences de la vie sont les fruits d´une discipline très récente, la biologie moléculaire, née dans les années 1940. C´est l´histoire passionnante - et trop peu connue - de cette jeune science que ce livre retrace, en explorant ses différentes facettes, scientifique, philosophique et sociale. Une histoire qui court de la convergence progressive de ses deux disciplines mères, la génétique et la biochimie, au début du XXe siècle, jusqu´à la mise en oeuvre de la technique PCR d´amplification des gènes au cours des années 1980. En mobilisant systématiquement les nombreuses études spécialisées, peu connues du public français, et ses propres recherches, Michel Morange offre ici aux lecteurs non spécialistes des explications claires sur une théorie et des techniques complexes, et apporte aux spécialistes une mise en perspective historique indispensable pour mieux comprendre les enjeux actuels des recherches en biologie.

  • La fin du XVIIIe siècle marque une rupture radicale dans l'histoire de la pharmacie : des plantes médicinales, souvent liées à des pratiques médicales plus magiques que rationnelles, on passe progressivement aux médicaments, élaborés grâce aux techniques

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